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Guide course à pied

Aménorrhée et course à pied : pourquoi vos règles s'arrêtent et comment les retrouver

Julia

JuliaAncienne aménorrhéique, fondatrice

Mis à jour le 29 juin 2026

En résumé

Oui, la course à pied peut faire disparaître les règles, mais ce n'est pas un signe de bonne forme physique. Il s'agit d'une aménorrhée hypothalamique, provoquée par un manque d'énergie disponible et non par la course elle-même. C'est un signal d'alerte réversible, à condition d'agir.

  • La cause n'est pas le sport, mais la faible disponibilité énergétique(trop de dépense, pas assez d'apports).
  • Près d'une coureuse d'endurance sur trois est concernée par un trouble du cycle.
  • Le risque principal est osseux : la course n'est plus protectrice quand les œstrogènes sont bas.
  • On retrouve son cycle sans arrêter de courir, en corrigeant l'équilibre énergétique.

Ce guide vous explique le mécanisme exact, pourquoi la coureuse est plus exposée que les autres sportives, les risques que personne ne vous montre, et un plan concret pour retrouver vos règles tout en continuant à courir.

Pendant longtemps, perdre ses règles a été présenté comme le prix normal de l'entraînement intensif. « Tu cours beaucoup, c'est pour ça », entend-on souvent. Cette idée est fausse, et de plus en plus de championnes le disent publiquement. Fin 2025 et début 2026, plusieurs athlètes d'endurance ont brisé le silence sur l'absence de règles dans le sport de haut niveau, à l'image de la cycliste Cédrine Kerbaol, dont la phrase a marqué les esprits : « Ne pas avoir ses règles, ce n'est pas normal. »

Ce qui était tu hier devient un sujet de santé publique. Et si le message vient surtout du cyclisme professionnel, il concerne directement la course à pied, l'un des sports les plus touchés. Comprendre pourquoi vos règles s'arrêtent quand vous courez est la première étape pour inverser le processus.

La course à pied peut-elle vraiment faire perdre les règles ?

La réponse courte est oui, mais le coupable n'est pas celui que l'on croit. Ce n'est pas le fait de courir qui bloque le cycle, c'est le déficit d'énergiequi en découle quand l'alimentation ne suit pas la dépense. On parle d'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle : l'hypothalamus, qui pilote le cycle, réduit la production des hormones reproductives pour économiser l'énergie.

Le concept central est la disponibilité énergétique, c'est-à-dire l'énergie qu'il reste à votre corps une fois la dépense de la course retranchée. En dessous d'environ 30 kcal par kilo de masse maigre et par jour, la pulsatilité de l'hormone LH se dérègle et l'ovulation s'arrête (Loucks, 2003). Ce mécanisme s'inscrit dans le cadre plus large du syndrome REDs, le déficit énergétique relatif dans le sport.

Pourquoi les coureuses sont particulièrement exposées

La course à pied cumule plusieurs facteurs de risque que l'on retrouve rarement réunis dans d'autres sports. C'est ce qui en fait l'une des disciplines les plus concernées par les troubles du cycle.

FacteurPourquoi c'est un risque pour la coureuse
Dépense élevéeUn volume kilométrique important brûle beaucoup d'énergie, difficile à compenser sans y penser.
Sorties à jeunCourir le matin sans manger prolonge les heures de déficit, même si le total de la journée semble correct.
Recherche de légèretéLa croyance qu'être plus mince fait courir plus vite pousse à la restriction alimentaire.
Sport à impactLa course sollicite fortement les os, ce qui devient un risque de fracture quand les œstrogènes chutent.

Les chiffres confirment cette exposition. Selon les revues de la littérature, près d'une sportive d'endurance sur trois présente un trouble du cycle, et la prévalence grimpe encore en course longue distance (Gimunová, 2022). Pour aller plus loin sur le mécanisme énergétique, notre guide sur le sport à jeun et l'aménorrhée détaille le piège des sorties matinales.

« Pas de règles égale bonne forme » : le mythe que les championnes brisent

Le tabou est en train de tomber, et ce sont les athlètes elles-mêmes qui le font tomber. En quelques mois, plusieurs figures du sport d'endurance ont parlé ouvertement de l'absence de règles et des troubles du cycle, longtemps banalisés dans les pelotons et les groupes d'entraînement.

  • La cycliste Cédrine Kerbaola alerté sur les dangers de la maigreur dans le peloton, en martelant que « ne pas avoir ses règles, ce n'est pas normal » ( L'Équipe, 2025).
  • Veronica Ewersa révélé n'avoir plus eu ses règles depuis 2014 et mis sa carrière en pause pour se soigner (Le Parisien, 2025).
  • Plus largement, des championnes comme Demi Volleringbrisent le tabou de l'impact du cycle menstruel sur la santé et la performance (La Dépêche, 2026).

Ces championnes sont cyclistes, mais le mécanisme est strictement le même en course à pied : les deux sont des sports d'endurance exposés au même déficit énergétique, qui freine la production des hormones du cycle. Le message commun de ces athlètes est limpide : le cycle menstruel est un signe vital, au même titre que la fréquence cardiaque. Son absence n'est pas une médaille de sérieux à l'entraînement, mais une alarme. Si des sportives de ce niveau, parfaitement encadrées, en souffrent, la coureuse amatrice peut elle aussi être concernée sans le savoir.

Les risques spécifiques pour la coureuse

L'aménorrhée de la coureuse cache un paradoxe que peu de sources expliquent. La course est un sport à impact, souvent présenté comme protecteur pour les os. C'est vrai, mais seulement quand les œstrogènes sont à un niveau normal. Dès qu'ils chutent à cause du déficit énergétique, ce bénéfice disparaît et l'impact répété devient au contraire une source de fractures de fatigue.

Santé osseuse

Le risque de fracture de fatigue est environ quatre fois plus élevé chez les coureuses aménorrhéiques (Ackerman, 2015). La perte de densité peut être partiellement irréversible.

Performance

Endurance en baisse, récupération ralentie et blessures à répétition. Le corps en déficit ne progresse plus, il survit.

Fertilité

Sans ovulation, pas de conception naturelle. La bonne nouvelle est que la fertilité revient le plus souvent après le retour du cycle.

Courir pendant ses règles ou ne plus les avoir : ne pas confondre

Beaucoup de coureuses cherchent comment courir confortablement pendant leurs règles. C'est un sujet utile, mais totalement différent de l'aménorrhée. Voici comment les distinguer.

Courir pendant ses règlesAménorrhée de la coureuse
SituationLe cycle fonctionne, on s'entraîne pendant les saignementsLe cycle s'est arrêté, aucune règle depuis plus de 3 mois
GravitéSans danger, question de confortSignal d'alerte à explorer
Quoi faireAdapter l'intensité selon les joursCorriger l'énergie et consulter

Comment retrouver ses règles sans arrêter de courir

La peur de devoir tout arrêter bloque beaucoup de coureuses. Pourtant, l'arrêt total est rarement nécessaire. L'objectif est de remonter la disponibilité énergétique au-dessus du seuil de sécurité, par étapes.

  1. 1Augmenter les apports.Ajouter de 300 à 500 kcal par jour suffit souvent, en privilégiant les glucides qui sont le signal de sécurité de l'hypothalamus.
  2. 2Ne plus courir à jeun. Manger avant la sortie et se ravitailler juste après évite les longues plages de déficit dans la journée.
  3. 3Réduire temporairement le volume. Une baisse de 20 à 50 pour cent pendant la phase de récupération, sans culpabiliser. Notre guide pour réduire le sport sans culpabiliser peut aider.
  4. 4Consulter et faire un bilan. Un médecin confirmera le diagnostic, écartera les autres causes et évaluera la santé osseuse si besoin.

Évaluez votre risque en quelques minutes

Le questionnaire LEAF-Q est un outil de dépistage validé scientifiquement, conçu pour les sportives. Il évalue votre risque de faible disponibilité énergétique à partir de vos symptômes.

Faire le questionnaire LEAF-Q

L'aménorrhée de la coureuse est une forme particulière d'aménorrhée hypothalamique de la sportive. Le guide complet détaille le mécanisme hormonal, le diagnostic et le protocole de récupération étape par étape.

Quand consulter sans attendre

  • Absence de règles depuis plus de 3 mois, sans contraception hormonale.
  • Fracture de fatigue ou blessures osseuses à répétition.
  • Fatigue persistante, frilosité, troubles du sommeil ou baisse de performance inexpliquée.

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FAQ : course à pied et absence de règles

Oui, mais indirectement. Ce n'est pas la course en elle-même qui arrête les règles, c'est le déficit énergétique qu'elle peut créer. Quand l'énergie dépensée à l'entraînement n'est pas compensée par l'alimentation, la disponibilité énergétique passe sous le seuil critique d'environ 30 kcal par kilo de masse maigre et par jour. L'hypothalamus interprète ce manque comme un signal de pénurie et met la reproduction en veille pour protéger les fonctions vitales. C'est pourquoi une coureuse qui mange suffisamment peut s'entraîner intensément sans perdre ses règles, alors qu'une autre qui court moins mais mange trop peu peut développer une aménorrhée.

Trois facteurs se combinent le plus souvent chez la coureuse. D'abord une augmentation du volume d'entraînement sans hausse équivalente des apports, ce qui crée un déficit énergétique chronique. Ensuite une habitude fréquente chez les coureuses, l'entraînement à jeun le matin, qui prolonge les périodes de manque d'énergie dans la journée. Enfin une recherche de minceur ou de légèreté qui pousse à restreindre l'alimentation. Le résultat est une faible disponibilité énergétique qui freine la sécrétion des hormones du cycle. L'arrêt des règles n'est donc pas un signe que votre corps s'est adapté, mais qu'il est passé en mode économie.

Oui, l'absence de règles liée au sport doit être prise au sérieux car ses conséquences sont surtout silencieuses. La plus préoccupante est la perte de densité osseuse, qui expose à un risque de fractures de fatigue multiplié par environ quatre chez les sportives aménorrhéiques. Le problème est particulièrement sérieux pour la coureuse, car la course est un sport à impact censé renforcer les os, mais ce bénéfice s'effondre quand les œstrogènes sont bas. S'ajoutent une fatigue persistante, une baisse de l'immunité, des troubles de l'humeur et, à terme, des difficultés de fertilité. Plus l'aménorrhée dure, plus ces effets s'installent, d'où l'importance d'agir tôt.

Dans la grande majorité des cas, oui, et il n'est généralement pas nécessaire d'arrêter complètement de courir. La clé n'est pas l'arrêt du sport mais la correction du déficit énergétique. Cela passe par une augmentation des apports caloriques, une priorité donnée aux glucides, l'arrêt des sorties à jeun et une réduction temporaire du volume, souvent de 20 à 50 pour cent. Le cycle revient en général en six à douze mois selon la durée de l'aménorrhée. Beaucoup de coureuses constatent même que leurs performances progressent après la récupération, car un corps correctement nourri récupère mieux et se blesse moins.

Ce sont deux sujets totalement différents qu'il ne faut pas confondre. Courir pendant ses règles est sans danger et reste tout à fait compatible avec l'entraînement, il s'agit simplement d'adapter le confort et l'intensité selon les jours. Ne plus avoir ses règles du tout, en revanche, signifie une aménorrhée, c'est-à-dire une absence de cycle pendant plus de trois mois. Le premier cas concerne la gestion d'un cycle qui fonctionne, le second est le signe que le cycle s'est arrêté. C'est ce second cas qui constitue un signal d'alerte et qui justifie une consultation médicale.

Le délai varie selon la durée de l'aménorrhée et l'ampleur du déficit corrigé, mais il faut généralement compter de six à douze mois après le retour d'une disponibilité énergétique suffisante. La densité osseuse, elle, met plus de temps à se reconstruire, souvent dix-huit à vingt-quatre mois. Des marqueurs précoces peuvent rassurer avant même le retour du cycle, comme la remontée de la température corporelle, une meilleure énergie, un sommeil plus stable et la disparition de la sensation de froid permanent. La régularité des changements compte davantage que leur intensité, et un suivi médical permet d'objectiver la progression.

Sources scientifiques

  1. 2023 International Olympic Committee (IOC) consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). Mountjoy M et al., British Journal of Sports Medicine, 2023(PMID: 37752011)
  2. Functional Hypothalamic Amenorrhea: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. Gordon CM et al., Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2017(PMID: 28169055)
  3. Menstrual cycle irregularities and their relationship with the type of sport and training load. Gimunová et al., 2022(PMID: 36235044)
  4. Bone stress injuries and the female athlete. Ackerman KE et al., Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2015(PMID: 26308975)
  5. Low energy availability, not stress of exercise, alters LH pulsatility in exercising women. Loucks AB et al., Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2003(PMID: 14671138)